Les âmes sauvages ; Nastassja Martin

 Lorsque l'on évoque les peuples indigènes, la figure du célèbre chef indien Raoni s'impose d'elle-même. Plateau labial et plûmes sur la tête, « ça en jette » ! Les signes culturels extérieurs sont en effet ceux que l'on rattache le plus facilement aux indigènes, d'autant plus quand il incarne une rupture remarquable avec les « styles » occidentaux. Pour le reste, le grand public connaît en fait assez peu leur culture, si ce n'est qu'ils pratiquent pour la plupart la chasse et la cueillette, croient aux esprits... et se font piller leurs ressources par les grands méchants capitalistes (dont on achète ensuite les produits transformés!). Il faut bien avouer que l'idée même d'ouvrir un bouquin d'anthropologie peut donner des sueurs froides à un universitaire aguerri ou à un féru d'Amazonie.

 

Heureusement, une anthropologue me paraît en mesure de rompre le charme (...)

 

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La panthère des neiges ; Sylvain Tesson

 C'est le livre de la rentrée littéraire 2019 : prix Renaudot et vendus à plus de 60000 exemplaires en deux mois. Mon Géologie, faune et flore de Namibie s'est écoulé à 1000 exemplaires en 18 mois... Pas besoin de se fatiguer à élaborer un calcul savant, le ratio paraît à mon net « désavantage » ! Quand bien même il est aussi question de panthère dans mon guide, en Namibie elle ne pavoise pas dans la neige. Ce caractère pittoresque explique peut-être l'écart des ventes... Ou pas. Parce que si l'on enlève le soutien d'un éditeur reconnu, la couverture médiatique et tout un tas d'autres facteurs, je dois tout de même bien reconnaître le talent indéniable qu'a Sylvain Tesson pour mettre en poésie le monde.

 

Et pour une fois, à notre plus grand bonheur, il s'agit ici du monde sauvage des animaux en scène sur les hauts plateaux du Changtang au Tibet. Une scène quelque peu dégarnie d'acteurs puisque sur ces terres désertiques gelées et battues par les vents, la vie ne connaît pas les « envolées lyriques » des milieux tropicaux et tempérés. Et pourtant, à l'instar du désert en Namibie, l'environnement inhospitalier est bien le théâtre d'espèces diverses et variées (...)

 

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Devant la beauté de la nature ; Alexandre Lacroix

 S’il y a bien un livre qui m’a inspiré pour la création de ce site internet, c’est celui-là. L’éditeur commence sa présentation du livre par une phrase qui fait drôlement écho à ma philosophie de la nature : « Et si la révolution écologique passait par l’émerveillement ? ». La réponse paraît évidente quand l’on pense aux yeux écarquillés et aux sourires des voyageurs en safari, ou au succès contemporain des films documentaires (notamment de la BBC) montrant des scènes naturelles sublimées à renfort de budgets pharaoniques. Pourtant la biodiversité ne cesse de s’effondrer à travers le monde… Paradoxal ?

 

L’auteur, le philosophe Alexandre Lacroix, se pose d’emblée la question de l’universalité des sentiments humains devant la beauté de la nature, comme lors d’une expérience vécue à la terrasse d’un café touristique grecque pendant un coucher de soleil. Sommes-nous plus ou moins sensibles à tel ou tel type de paysage ?

 La théorie évolutionniste estime que l’être humain préfère les paysages de savanes, ouverts, car ils correspondent au milieu écologique dans lequel l’Homme « primitif » (...)

 

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Histoire d'une montagne ; Elisée Reclus

 Devrais-je pour ma première chronique culturelle parler d'un essai quasi-inconnu, écrit par un géographe anarchiste de la fin du XIXème siècle, au risque de faire fuir le maigre contingent qui souhaite suivre les premiers pas du site internet ? Qui ne tente rien n'a rien... et s'il s'agit de recommander une énième fois Into the wild, autant fermer boutique tout de suite ! D'autant que je me lance assez confiant, tant ce géographe a une vision de la nature et une manière de s'exprimer qui n'accroche que très peu l'oreille des lecteurs du XXIème siècle que nous sommes.

 

Elisée ne m'est pas apparu en rêve, quand bien même sa belle barbe et ses yeux pétillants d'anarchiste renferment un pouvoir onirique indéniable. Pour l'avoir découvert, je dois remercier l'excellente revue Relief dont je parlerai dans un prochain billet. Je ne m'étendrais pas sur sa biographie (que vous pouvez retrouver par ailleurs dans la revue) et ses faits d'armes politiques qui lui ont valu un séjour en prison suite à la commune de Paris, mais évidemment sur son admirable déclaration d'amour à la montagne (...)

 

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Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l'intelligence                                                                              des animaux ? ; Frans de Waal

 « Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l'intelligence des animaux ? ». La question peut paraître rhétorique. Comment, nous, les humains, trônant au sommet de la pyramide de l'évolution, pourrions-nous ne pas comprendre des espèces inférieures ? La conscience, le langage, l'utilisation d'outils... Autant de capacités dont nous serions doués et les animaux dépourvus. D'un côté les hommes, l'intelligence et la culture ; de l'autre les animaux, l'instinct et la nature. Là où l'homme élabore des outils et des stratégies complexes, à force d'apprentissage, pour s'extraire des lois de la nature, l'animal ne fait que répondre bêtement à des stimuli, en adéquation avec les forces innées qui définissent son espèce. L'homme a créé les Nations-Unis. Le loup continue à pisser sur les arbres pour marquer son territoire.

 

Sauf que... Comment puis-je expliquer alors la technique de chasse des orques en Arctique ? Consistant à se mettre en rang serré (communication donc langage?), les orques avancent ensemble (coopération donc conscience de soi?) vers une plaque de glace sur laquelle se trouve un phoque, dans le but de former une vague (outil de chasse donc intelligence supérieure?) (...)

 

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Penser l'Anthropocène ; Catherine Larrère et Rémi Beau

 Anthropocène, c'est le mot « à la mode » qui monte depuis quelques années, qu'il fait bien d'évoquer ici et là, dans un dîner ou pendant une randonnée. L'écologie est dans (presque) toutes les bouches, et pour montrer qu'on s'y connaît, certains n'hésitent pas à lancer fièrement : « Tu savais qu'on était entré dans l'Anthropocène ? ». Leur interlocuteur, incrédule, balbutie : « Dans l'Anthro... quoi ? ». Et là, l’œil brillant toisant l'ignorance coupable de l'Homme moderne, on répond avec assurance : « Dans l'An...thro...po...cène ! Nous sommes entrés dans une nouvelle aire géologique dans laquelle l'humanité devient la principale force agissant sur la planète. » Bam ! Anthropos, l'homme ; cène, l'aire. L'Anthropocène désigne donc l'aire de l'Homme. Peu s'ensuivre tout un exposé sur les effets néfastes d'Homo Sapiens sur la Terre, de l'élévation des températures à la dégringolade de la biodiversité, en passant par les dangers que cela occasionne pour notre survie...

 

Autrement dit, si ce n'est l'introduction d'un nouveau terme savant, rien de nouveau sous le soleil (trop chaud le soleil dans l'Anthropocène!) (...)

 

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Sur la piste animale (Baptiste Morizot)

« Un livre dédié au pistage des animaux, tel que le pratiquaient les chasseurs-cueilleurs d'autrefois ou les rangers des parcs africains ? Ça y est, le mec a vrillé, son blog nature va bientôt ressembler aux élucubrations d'un allumé qui veut nous remettre tous dans les bois à chasser le sanglier ! ».

 

Allez, j'avoue, j'ai hésité à ouvrir le bouquin. Comme vous, les tribulations d'un philosophe-pisteur me faisait craindre de tomber dans un plaidoyer « retouralanaturiste » un peu vain ; vide de sens pour les Modernes que nous sommes. Mais le texte de Baptiste Morizot publié dans l'excellent recueil de textes Penser l'Anthropocène, à propos de la notion du sauvage dans notre monde anthropisé, m'a convaincu sans forcer de me lancer dans cette aventure de pistage animal. Et puis quand même, en tant que guide en Namibie, je me suis dit que ça pourrait enrichir mes représentations du monde sauvage. A guide never stop learning ! Et force est de constater que la lecture de ce livre est un réel plaisir, en plus d'en apprendre beaucoup sur certains animaux et nos relations avec eux ; comme sur nous-même en qualité d'Homo Sapiens (...)

 

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